Petits écrans | « Fake News sur ordonnance », de Hold-Up à Thierry Casasnovas

Fake News sur ordonnance © Together Media

Diffusé le 7 mars sur France 5, le documentaire Fake news sur ordonnance fait partie de la série « La Fabrique du Mensonge », portée par Karim Rissouli, qui revient régulièrement sur la naissance et de la propagation des fausses informations à travers des exemples marquants de l’actualité. Réalisé par Elsa Guiol, Benjamin Teil et Lucie Berlandcet épisode propose d’analyser et de décrypter le phénomène autour du film « Hold-up » et l’émergence de Thierry Casasnovas, gourou du « manger cru ».

♦ « Fake news sur ordonnance » – Le Synopsis

La première partie de ce documentaire analyse le succès phénoménal rencontré par le film Hold-Up de Pierre Barnérias. Si le film est présenté comme un documentaire, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer un contenu qui compile toutes les fausses informations circulant sur les réseaux sociaux depuis le début de la pandémie de la Covid-19. La seconde partie de Fake news sur ordonnance est consacrée à Thierry Casasnovas, l’une des figures les plus puissantes du crudivorisme, un mouvement qui gagne de l’importance dans l’Hexagone.

https://twitter.com/Francetele/status/1367822203912265729

♦ Hold-Up : les clés d’un film à succès

Pour Tristan Mendès France, spécialisé dans les cultures numériques, le film de Pierre Barnérias est « l’un des premiers blockbusters complotistes en ligne en France« . Sandrine Cassini, journaliste à Le Monde affirme, quant à elle, que le film qui  « prétend être un documentaire, en a les codes mais pas le fond« . Hold-Up, mis en ligne le 11 novembre 2020, comptabilisait 3,3 millions de vues au bout de 24h. Ce succès est lié à la vague de désinformation causée par l’épidémie de Covid-19. Cette crise sanitaire a entraîné une « pandémie de fausses informations« .

Hold-Up n’est qu’une « succession de fausses informations plusieurs fois démenties« . Vincent Coquaz, journaliste à Libération déclare que « ce qui est nouveau, c’est la mise en narration en une seule et longue vidéo de toutes ces thèses« . À savoir : l’Institut Pasteur a créé le virus, l’hydroxychloroquine protège du virus, les masques ne protègent pas et Bill Gates est à l’origine du virusHold-Up va reprendre et relayer toutes ces théories et va même populariser celle du Great Reset, une idée selon laquelle les élites contrôleraient la population. Une théorie qui a largement refait surface lorsque Tal Schaller a assuré que les vaccins injecteraient des nanoparticules reliées aux antennes 5G.

Pierre Barnérias réalisateur Hold-Up © Together Media
Pierre Barnérias réalisateur Hold-Up © Together Media

♦ Gilets jaunes et gouvernement au cœur des fake news

Ce documentaire nous replonge à la fin de l’année 2018, l’époque des Gilets Jaunes. Ces derniers ont réussi à constituer une communauté digitale puissante et protéiforme. Tristan Mendès France la désigne comme « un écosystème favorable à la circulation des fausses informations« . Cat Antonio, figure emblématique des Gilets Jaunes, a posté une vidéo, relayée dans plusieurs groupes Facebook, selon laquelle le virus a été inventé par l’Institut Pasteur. En 24h, la vidéo a été vue 3,3 millions de fois. Tristan Mendès France affirme que « les premières annonces du confinement ont été un accélérateur des théories complotantes en ligne » et que Cat Antonio a « profité des Gilets Jaunes pour pousser cette information autour du coronavirus« .

Albert Moukheiber, psychologue et docteur en neurosciences, confie « plus une situation est ambiguë, plus on peut lui attribuer le sens qu’on veut« . Sylvie Briand, directrice du département risque épidémique et pandémique à l’OMS, a vu apparaître les fake news autour de l’épidémie et s’en est rapidement inquiétée. Elle déclare « Une fois que ces récits sont bien construits, c’est difficile de contrecarrer ces informations qui sont incorrectes« .

Au même moment, en France, la communication du gouvernement ajoute à la confusion, elle « sème le doute dans les esprits et renforce la défiance« . Antoine Bristielle, professeur à Sciences Po Grenoble, explique que « beaucoup de personnes recherchaient des explications qu’elles n’avaient pas dans les médias classiques et les discours officiels ». Étant confinés chez eux, les Français se sont tournés vers leurs écrans pour s’informer. C’est ce qui a facilité la propagation des fake news.

Tristan Mendès France déclare que « les fausses informations sont probablement ce qu’il y a de plus dangereux autour de cette séquence coronavirus, tout simplement car il faut qu’on soit bien informés pour pouvoir bien se défendre« . Le film a été retiré de la plateforme Vimeo 24h après sa sortie mais est toujours visible sur d’autres plateformes.

29/10/2020, Perpignan, France, Illustration vie quotidienne Covid-19 Coronavirus port masque commerce © Arnaud Le Vu / MiP

♦ Thierry Casasnovas : adepte du jeûne et du crudivorisme

Ce « gourou du manger cru », originaire des Pyrénées-Orientales, utilise YouTube pour diffuser ses messages. Il prône le crudivorisme, un régime à base de jus de légumes crus. Selon Sylvain Delouvée, spécialiste des rumeurs, Thierry Casasnovas réussit à convaincre car « il utilise un langage simple et accessible« . Thierry Casasnovas se comporte comme un thérapeute dans ses vidéos mais dérape au moment où il affirme que le jus de légumes peut remplacer le traitement contre le cancer et le Sida. Sylvain Delouvée constate également que « la succession de scandales sanitaires va entraîner une méfiance de plus en plus grande vis-à-vis du monde scientifique« . Il déplore également que « dans ses vidéos, Thierry Casasnovas arrive à faire passer la science pour une croyance, une croyance parmi d’autres« . Malgré tout, sa chaîne est, aujourd’hui encore, toujours accessible sur YouTube.

Thierry Casasnovas en 2013 © Wikipédia CC0 1.0 Public Domain Dedication
Thierry Casasnovas en 2013 © Wikipédia CC0 1.0 Public Domain Dedication

♦ Pourquoi la rédaction vous le conseille ?

« Fake news sur ordonnance » met en lumière le danger des fake news sur la santé. Ce documentaire revient sur l’épidémie de Covid-19 mais d’une façon totalement différente et inédite. Il permet de comprendre comment les fausses informations se propagent si vite et comment elles réussissent à convaincre de plus en plus de monde.

♦ Ils font l’actualité des documentaires…

Woman de Yann Arthus-Bertrand et Anastasia Mikova, sorti au cinéma en 2019, juste avant le premier confinement, et diffusé sur Arte ce lundi 8 mars, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. Le documentaire montre différents portraits et témoignages de femmes à travers le monde.

Inceste, que justice sois-faite ?, réalisé par Audrey Gloaguen montre plusieurs femmes ayant accepté de témoigner sur leur combat pour faire éclater la vérité sur l’inceste et punir les coupables. Un documentaire actuel, à l’ère de #MeTooInceste.

Fast fashion : les dessous de la mode à bas prix, réalisé par Edouard Perrin et Gilles Bovon. Les journalistes ont enquêté sur l’impact social, environnemental et sanitaire du secteur de l’habillement. Partis à la rencontre des acteurs du secteur, ils ont réussi à s’infiltrer au cœur de l’industrie textile.

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