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Des spectateurs regardent un film durant une projection en plein air. Photographie de Stephane Ferrer Yulianti.

Perpignan, Argelès, Canet, Leucate… À la découverte du cinéma de plein air

LECTURE

De longs mois de confinement auront permis à de nombreuses plateformes de vidéo à la demande de développer leur marché. Ordinateur portable, tablette ou smartphone, les films n’auront jamais autant été à portée de main. Pendant ce temps-là, des distributeurs de films déprogrammaient ou retardaient les sorties des films, les productions stoppaient les tournages. La France a même ordonné pour un temps la fermeture des cinémas ; des salles obscures qui accueillent à nouveau du public depuis le 22 juin.

En forêt à Argelès, au bord de la mer à Canet, au pied d’une église à Perpignan, la crise sanitaire a ravivé le concept de cinéma de plein air ; évocation d’une bonne époque pour certains, supplément de convivialité pour d’autres. Les plateformes de streaming nous montrent que consommer un film évolue, mais que sont toujours plébiscités les moments de convivialité autour d’un même film.

♦ Cinémaginaire, dans un bois centenaire à Argelès-sur-Mer

« Ici nous sommes dans un bois centenaire, sur les cours de tennis. L’installation se fait très rapidement ; tout comme le nettoyage car les premiers sportifs arrivent à 8h le lendemain. La séance est à 22h, donc les gens ont tout le temps qu’ils veulent pour manger avant » nous explique Jean Claude Badi, propriétaire de la concession municipale à Argelès-sur-Mer. L’évènement est organisé par Cinémaginaire, un habitué des projections de film en plein air.

« Nous proposions 200 places avant le Covid. Nous avons dû diviser par deux afin que les spectateurs puissent se disperser. Les salariés portent des masques, des gels hydroalcooliques sont à disposition, les spectateurs peuvent venir avec leurs chaises. Cette année nous proposons même un paiement par carte » rajoute Julie, programmatrice de l’association.

Les spectateurs prennent place ; calés entre coussins et couvertures pour profiter du film et de la fraîcheur du bois des pins. Ce soir-là, une quarantaine de places ont été vendues pour le biopic sur De Gaulle. Cinémaginaire a prévu des projections à la belle étoile tous les jeudis de l’été. Informations : http://www.cinemaginaire.org/

♦ “Pas de superflu, juste le film et la nature”

Marie-Hélène & Frédéric sont venus en famille ; 3 générations et autant de sentiments. Claude, le doyen, cette projection est une véritable madeleine de Proust.  « Ça me rappelle ma jeunesse, dans le Tarn quand j’étais gamin ». Tandis que Marie Hélène évoque le côté magique : « Notre maison secondaire donne sur le cinéma, on a un superbe cadre et on peut voir les étoiles ».

Et son conjoint d’ajouter que « pour le même film, à choisir entre un cinéma classique ou en extérieur, on choisit sans hésiter celui en extérieur. Pour les Multiplex, il aurait fallu quitter Argelès en voiture, se rendre à Perpignan… On aurait attendu septembre. Ici pas de superflu, juste le film et la nature ».

Au côté de leur fille Clara, une jeune collégienne venue des États-Unis, pays où le concept de cinéma du Drive In est né. Pour elle, le cinéma en plein air donne une tout autre dimension ;  un côté « Very Friendly » très amical aux projections.

♦ Selon Jacques Verdier, cette pratique de se retrouver en extérieur pour un film ne date pas d’hier

Jacques Verdier, programmateur à l’Institut Jean Vigo, nous propose un saut dans le temps. « Le cinéma en plein air que l’on connaît est lié au début de l’Histoire du cinéma. Au début, le cinéma était présenté dans des baraques de foire qui se déplaçaient dans les villages. Pour l’Histoire locale, c’est la famille Font, qui possède les cinémas Castillet et Mega Castillet aujourd’hui, qui diffusait des films dans les allées depuis une baraque en bois, les cours ou places de village ; et ce, avant le premier cinéma de Perpignan en 1911. On tendait un drap, les gens ramenaient leurs chaises. 

Le Drive In, lui, est apparu dans les années 1950 aux Etats Unis car c’est essentiellement un phénomène Américain. En France, la mode apparait un peu plus tard ; avant de disparaître dans les années 70, début 80.

Dans le département des Pyrénées Orientales, on comptait deux Ciné Drive In, l’un au Mas Sabol à Bages et l’autre au Vert Vallon à Canet. C’était l’époque de l’automobile reine, où l’on prenait la voiture pour un rien. L’essence ne coûtait pas cher, pour la drague c’était impeccable. Aujourd’hui, le phénomène renaît avec les mesures barrières dues au Covid, mais l’époque n’est plus la même. »

♦ À Canet-en-Roussillon, se faire une toile à côté des vagues

À Canet-en-Roussillon, c’est le service animation de l’office de tourisme qui se charge des projections, les pieds dans le sable. Organisateur depuis 6 ans, seuls les masques pour le personnel et le gel à disposition sont venus s’ajouter à la mise en place, rapporte Mme Camus, responsable de l’animation. En tout, 6 films sont à prévoir durant l’été. Les spectateurs viennent avec serviettes ou chaises pliantes, profitant du film et du bruit des vagues.

  • 23 juillet : Venise n’est pas en Italie – 22h00
  • 30 juillet : Bête 2 – 22h00
  • 13 août : Tuche 3 – 21h30
  • 20 août : A star is born – 21h30

Plage Sud devant la Place Charles Trenet ; entrée gratuite, sans inscription nécessaire. Renseignements au 04 68 86 72 00 et sur www.ot-canet.fr.

♦  En remontant la côte, à Leucate, le Clap Ciné en mode Drive In 

Un écran de 14m de base, soit jusqu’à 150m² de toile environ, peut permettre à 147 voitures de pouvoir jouir du Drive In. Les distances entre spectateurs sont ainsi respectées. Une bande FM a été disposée pour que les automobilistes puissent se brancher depuis leur radio. De plus, un Food Truck est présent pour satisfaire les éventuels petits creux. 

Selon Jacques Verdier, cet engouement ne durera pas. Il poursuit : « Il y a un petit côté nostalgique. Mais les spectateurs sont maintenant habitués à un confort, et une qualité de projection que l’on ne retrouve pas dans les Drive In ; et la qualité du son dépend de l’enceinte de votre voiture. »

Malgré un démarrage timide du concept, le Clap Ciné ne désespère pas et compte autant sur la saison estivale que sur les sorties nationales de films pour attirer des spectateurs. Pour plus d’infos : https://leucate.clapcine.fr/

♦  L’institut Jean Vigo, un spécialiste du cinéma en plein air

À Perpignan, l’Institut Jean Vigo n’en est pas non plus à son coup d’essai. Habituellement programmée en septembre pour lancer la saison culturelle, la séance en plein air est désormais proposée chaque jeudi de l’été. Afin d’installer une convivialité que les plateformes de streaming ne proposent pas, Dorothée Berthomieu, chargée de communication, a choisi de démarrer la soirée deux heures avant les projections.

Les tables hautes permettent de profiter des coins buvettes et de restauration et de la musique des années 70 est diffusée dans tout l’Arsenal. Les cinéphiles peuvent ainsi se retrouver et partager autour de leurs passions ; tandis qu’un quizz sur le film permet de patienter dans la bonne humeur. Informations et réservations : https://www.inst-jeanvigo.eu.

À droite, les transats ; à gauche fauteuils et sofas. L’église des Carmes vient donner un cadre à l’écran installé pour l’occasion. Juste avant le film : une vieille publicité, et deux courts métrages locaux d’époque. Les lumières de l’Arsenal se sont éteintes pour donner place au film.

♦ Un été de cinéma en plein air à l’institut Jean Vigo

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