Régionales | La démocratie participative en ligne, nouvelle ère ou chimère ?

28/02/2021, Perpignan, France, Carole Delga © Arnaud Le Vu / MiP

Il y a une semaine, le quotidien Le Monde titrait : “Qui pour affronter la présidente sortante, Carole Delga ?”. Une question que les habitants d’Occitanie se posent sérieusement alors que la campagne des Régionales en est à ses prémices.

Conférences de presse, présentations de programme, appels à contribution : la crise sanitaire a définitivement favorisé les campagnes électorales en ligne. Carole Delga n’y échappe pas. Bien au contraire : plus tôt ce mois-ci la présidente sortante a lancé sa plateforme numérique “L’Occitanie en commun” ; du nom de sa liste électorale (alliée PC, PRG, Place Publique). Une plateforme participative, aux fonctions et retombées politiques multiples. Explications.

♦ Un tout-en-un pour séduire l’électeur-internaute potentiel

Ambiance moderne, discours friendly, web-design soigné : loccitanieencommun.fr a mis les formes. D’entrée, une vidéo accapare l’attention de l’internaute : la présidente socialiste se raconte au passé, présent et futur. “Il faut”, “j’ai fait”, “nous devons”, “ensemble”, “j’ai besoin de vous”.

Un tout en un permettant à l’électeur potentiel de cliquer de la bio de la candidate à des échantillons de programme, en passant par l’inscription en tant que militant.

Dans un long édito, Carole Delga plaide pour la notion d’équilibre, et cite Albert Camus dans ce sens. Le Rassemblement National et son candidat Jean-Paul Garraud seraient-ils dans les pensées de la présidente sortante ? Ce dernier a été donné comme son adversaire direct dans un sondage de mi-janvier (Ifop-Fiducial, pour Sud Radio) ; finissant deuxième au premier tour à 16%, contre 25% pour la socialiste. Que nenni : l’édito retrace les décisions prises par la Région depuis cette année d’une crise sanitaire devenue crise globale. On peut notamment y lire que “le budget régional 2021 a été voté avec un investissement record de 1,4 milliard d’euros“. La plus jeune présidente de région (44 ans en 2015) de s’en féliciter.

Carole Delga © L'occitanie en Commun
Carole Delga © L’occitanie en Commun

♦ De la convention citoyenne de 2020 au projet citoyen des Régionales

“L’Occitanie en commun” propose en un clic de basculer sur une autre plateforme participative au nom évocateur : “Le projet citoyen”. Chacun peut y laisser son avis et son idée jusqu’au 30 avril. Un modèle de concertation que la Région de Carole Delga pratiquait déjà, notamment l’an dernier avec sa Convention citoyenne.

Faire bloc pour agir, oublier les querelles politiciennes pour nous dépasser individuellement et collectivement, détaille le projet. (…) En s’appuyant sur l’intelligence collective, en retrouvant la confiance et en impulsant un inflexible volontarisme. Nous écoutons et entendons le terrain et le quotidien, nous réconcilions les idées sans négocier les convictions“.

Le principe est simple : après inscription, le site amène à laisser une proposition aux thématiques diverses. Chacun a la possibilité de la soutenir avec un vote, et de la commenter. À titre d’exemples, quelques propositions : “La lutte contre les théories complotistes et obscurantistes” ; “Pour un littoral estival moins bruyant” ; “Faciliter la mobilité en zone rurale”. Depuis le 11 février, “Le projet citoyen” a recueilli – au 26 février – plus de 110 contributions et presque 900 votes de 271 participants.

♦ Carole Delga mise sur ses six années d’une politique sociale

La liste complète portée par les socialistes – alliés au Parti Communiste et au Parti Radical de Gauche – n’est pour l’instant pas encore dévoilée. Mais nul doute que la présidente sortante s’appuiera sur ses cadres. Certains noms ressortent. Notamment Agnès Langevine, vice-présidente à la transition écologique et symbole de la migration de certains Verts au PS ; ou encore Nadia Pellefigue, vice-présidente à l’enseignement et au développement économique, et candidate socialiste des dernières Municipales toulousaines.

Sur loccitanieencommun.fr, la rubrique “nos combats” dévoile quatre thèmes du programme de la liste socialiste pour les Régionales : l’écologie – la santé – l’emploi – l’éducation.

“La puissance publique doit intervenir dans l’économie, peut-on lire de Carole Delga sur le thème de l’emploi. Oui, je l’assume ! Car pour poursuivre une politique de justice sociale il faut s’en donner les moyens et soutenir les entrepreneurs (…). C’est aussi l’attention portée à des filières traditionnelles de notre économie ou à l’artisanat, pour éviter qu’un parcours d’entreprise ne devienne un parcours du combattant”.

Concernant l’éducation, la présidente sortante s’appuie sur ses six années de mandat : “Je suis fière que l’Occitanie propose ce que nous ne connaissons nulle part ailleurs : la rentrée scolaire la moins chère de France pour les lycéens et apprentis, grâce à notre Carte Jeune Région – 400 € d’aides en moyenne par familles. C’est notamment la gratuité des manuels scolaires et l’accès à un ordinateur personnel”.

L’argumentaire continue par le biais de la formation professionnalisante :Chaque année, grâce à la Région, près de 100.000 demandeurs d’emploi sont formés”. Et par le biais des créations de l’École de la seconde chance et des écoles régionales du numérique de l’Occitanie. Sur loccitanieencommun.fr, le contenu est massif. Pas sûr que le simple PDF aurait supporté la charge. Et que le lecteur se serait accroché. L’outil interactif : une force de frappe efficace ?

José Bové Agnès Langevine Carole Delga EELV Europe Ecologie Les Verts visite Université de Perpignan © Arnaud Le Vu / MiP
José Bové Avec Agnès Langevine, la présidente de la Région Carole Delga, et la présidente du Conseil Départemental Hermeline Malherbe en visite aux laboratoires de recherche et le domaine agricole biologique de l’Université de Perpignan.© Arnaud Le Vu / MiP

♦ Outil courtisé de l’extrême gauche à l’extrême droite

La plateforme participative est dans l’air du temps. Carole Delga, pour le moment, est la seule candidate à la Région à avoir passé le pas. Pourtant, de l’autre côté de l’échiquier politique, Marine Le Pen a dévoilé ce 25 janvier l’adresse internet M l’avenir.

“M l’avenir est avant tout une réponse, explique Franck Allisio ; délégué départemental de la fédération Rassemblement National des Bouches-du-Rhône et coordinateur de la plateforme. Nous avons des propositions qui nous viennent de toute part, depuis des mois, et qui nous demandent de phosphorer, de débattre, de proposer“. Et Jean-Philippe Tanguy, ex-porte-parole de Debout la France, de poursuivre : “Tous ceux qui veulent aider Marine, à relever notre pays, peuvent contribuer et envoyer leurs idées”.

Sur mlavenir.fr, pas de couleurs flashy, des photos de banques d’images, et une armada de tribunes et de témoignages. Il faut dire que la plateforme du RN n’est pas la même que celle de Carole Delga : aussi parce que Marine Le Pen n’y est pas affichée dès son ouverture. Pas du tout même. Ou pas encore : l’élection présidentielle n’est que dans quatorze mois. L’élection régionale, elle, dans quatre.

12/04/2019 Perpignan, France, Louis Aliot Jean-Paul Garraud RN Européennes avril 2019 © Arnaud Le Vu / MiP
12/04/2019 Perpignan, France, Louis Aliot Jean-Paul Garraud RN Européennes avril 2019 © Arnaud Le Vu / MiP

♦ Jean-Luc Mélenchon sur Discord et Bruno Retailleau en appli smartphone

Autre exemple de politique qui s’est laissé séduire par le 2.0 interractif : Jean-Luc Mélenchon. Le député LFI a opté pour Discord, un service de messagerie instantanée et vocale. “JLM”, candidat malheureux aux Présidentielles de 2012 et 2017 – et déclaré au prochain exercice – propose d’échanger sur Le Discord Insoumis. (…) nous réunir en ligne et discuter, partager des articles, des images, des vidéos autour du programme de L’Avenir en Commun de la France Insoumise”.

Enfin, le sénateur Les Républicains Bruno Retailleau – autre candidat à la future élection présidentielle – a fait développer son application pour smartphone du nom de “2022”. Avec cet outil publié le 27 janvier, comme l’a informé le quotidien Le Figaro, il y est question de communication et d’organisation entre militants. “L’appli” promet du contenu ciblé, et des informations de campagne, selon la géolocalisation et les habitudes d’utilisation.

Alors que le Baromètre du numérique dénombre que “77% des Français possèdent un smartphone et 76% un ordinateur” ; le champ des possibles des candidats n’a jamais été aussi grand.

18/07/2019, Perpignan, France, Bruneau Retailleau Jean Sol, François Calvet © Arnaud Le Vu / MiP
18/07/2019, Perpignan, France, Bruneau Retailleau à Perpignan © Arnaud Le Vu / MiP

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